The Past of an Illusion

Today we are translating an excerpt (page 483) of the book written by François Furet: Le passé d’une illusion; Essai sur l’idée communiste au XXe siècle. The original version of this fragment is also attached.

The Past of an Illusion

Essay on the communist idea in XXth century

This would eventually mark the beginning of a profound misunderstanding between Western and Eastern Europe, a misunderstanding we have not yet overcome. The communist idea reaches apex in Rome or Paris while in Warsaw or Budapest it tends to become nothing more than a mask of Russian oppression. An offspring of Western philosophy, communism reigned in Moscow. Having won the war, it spread out to reach Leipzig and Prague. In Eastern and Central Europe, the communist idea does not survive the communist government by too long. Meanwhile, in Western Europe it continues to enjoy the glamour of having fought against Hitler during the war, untouched by the consequences of the despotic regimes that were installed in its name in the East. Thus, imposed by human force or circumstances, the iron curtain that divides Europe is still alive in people’s spirit, but not along the confrontation line between the two camps: communists in the East and anti-communists in the West. The line of credit that the intelligentsias opened to communists had started its exhaustion in the peoples of Central and Eastern Europe ever since the fifties; in the mean time, most of the intellectuals in the Western world, followed by a vast part of the public opinion, continue to pay their respect to after war communism, due to the ideas it is supposed to incarnate. As seen from Paris, Rome or Oxford, the universal validity of the cause does not depend on what is happening in Warsaw, Prague or Budapest. After all, the Western intelligentsia has always flattered itself on its being particularly chosen to be part of a “more universal” history than that of the Polish, Czech or Hungarian peoples; but without being aware, it also invests in the communist abstraction an old superiority complex. Having been forced to agree to partake of its universality privilege with the eccentric Russia was enough.  Why should it take a step back in front of the nationalist Polish or reactionary Hungarians?

Abandoned to Germans by the Munich agreement in 1938, subject to partition by the USSR in 1945 following the agreements of Yalta and Potsdam, the nations of Central and Eastern Europe are eventually forgotten in spirit by Western Europe. The fall into oblivion had reached a level where their names melted down into collective denominations extracted from the soviet repertoire: the “popular democracies” or the “socialist camp” or still the “European East”. Contrary to the first two situations when the abandonment was forced, this third time it is the opium of the ideology that simply suppresses the object. Daladier knew that he abandoned Czechoslovakia and Churchill knew he abandoned Poland. The intellectuals of the West don’t need to think about it anymore, as these States and their neighbours are nothing more but landmarks on the road to soviet socialism. Extreme manifestations of this type of blindness did not last long; but blindness itself will die a slow death.

Le passé d’une illusion

Essai sur l’idée communiste au XX-e siècle

Ici commence enfin entre l’occident et l’orient de l’Europe un malentendu profond dont nous ne sommes pas encore sortis. L’idée communiste est à son zénith à Rome ou à Paris au moment où elle tend à n’être plus à Varsovie ou à Budapest que le masque de l’oppression russe. Né d’une philosophie occidentale, le communisme a régné a Moscou. Vainqueur de la guerre, il s’est étendu jusqu’à Leipzig et Prague. A l’est et au centre de l’Europe, son idée ne survit pas longtemps à son gouvernement. Alors qu’a l’ouest elle resplendit au contraire de la part qu’il a prise à la guerre contre Hitler, sans pâtir du despotisme qui s’installe a l’est en son nom. Ainsi, imposé par la force des hommes et des choses, le rideau de fer entre les deux Europes existe-t-il aussi dans les esprits, mais non pas selon les lignes de l’affrontement des deux camps, séparant les communistes à l’Est et les anticommunistes à l’Ouest. Car, chez les nations de l’Europe centre-orientale, le crédit qui a été ouvert aux communistes par les intelligentsias est en voie d’épuisement des le début des années cinquante; alors qu’en Occident le plus gros des intellectuels, suivi d’une vaste portion de l’opinion publique, continue à entourer le communisme d’après guerre du respect dû aux idées qu’il est censé incarner. Vue de Paris, de Rome ou d’Oxford, la validité universelle de la cause est indépendante de ce qui se passe à Varsovie, Prague ou Budapest. D’ailleurs, l’intelligentsia occidentale s’est toujours flattée d’appartenir par élection particulière à une histoire “plus universelle” que celle des Polonais, de Tchèques ou des Hongrois; si bien que sans le savoir elle investit aussi dans l’abstraction communiste un vieux complexe de supériorité. C’est assez qu’elle ait du consentir à partager son privilège d’universalité avec l’excentrique Russie. Pourquoi devrait-elle faire marche arrière devant des Polonais nationalistes ou des Hongrois réactionnaires?

Abandonnées en 1938 aux Allemands par les accords de Munich, laissées en partage à l’U.R.S.S. en 1945 par ceux de Yalta et de Potsdam, les nations d’Europe centrale et orientale sont enfin oubliées en esprit par l’Europe de l’Ouest, au point de perdre leur noms dans les désignations collectives tirées du répertoire soviétique: les “démocraties populaires”, le “camp socialiste”, ou encore “l’Est européen”. Ce troisième abandon n’est plus imposé par la force, comme les deux premiers, mais obtenu par l’opium de l’idéologie, qui en supprime tout simplement l’objet. Daladier avait su qu’il lâchait la Tchécoslovaquie et Churchill la Pologne. Les intellectuels de l’Ouest n’ont plus à se poser la question, puisque ces Etats et leurs voisins ne sont plus que des points de repère sur la route du socialisme soviétique. Sous sa forme extrême, cet aveuglement durera peu; mais il sera long à mourir.

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