Romanian revolution through the eyes of a French journalist

We are commemorating 24 years since the revolution in December 1989. This post is an excerpt of the book Un mensonge gros comme le siècle. Roumanie, histoire d’une manipulation (A lie as big as the century : Romania, history of manipulation) written by Michel Castex (Albin Michel, 1990).

Premier envoyé spécial de l’Agence France-Presse à entrer à Bucarest, lui aussi par la filière bulgare, Ricardo Uztarroz avait eu deux jours avant le même sentiment d’étrangeté : « Quand je suis arrivé à Bucarest, je m’attendais à plonger en pleine guerre civile. Première surprise. J’ai traversé tout le centre-ville à pied. La foule était dans les rues. Pas de combats. C’était une atmosphère de kermesse, accrue par le temps printanier, le froid n’est arrivé que quelques jours après. J’étais avec trois autres journalistes, un Roumain nous guidait. On a demandé à aller jusqu’à l’Intercontinental, mais on nous répond, non, non, il est sous le feu, il y a des combats très durs dans le secteur. On nous propose alors d’aller à l’hôtel Bulevar, juste en face de la poste centrale. On y arrive à pied, par des petites rues. On s’installe. On demande aux gens de l’hôtel ce qui se passe exactement, on n’a rien vu en traversant la ville. Ou est la guerre ? Ils nous disent qu’il y a des combats, mais circonscrits à quelques zones bouclées par les blindés de l’armée. J’en voyais deux, en effet, qui bloquaient la rue menant à la poste centrale et à la place de la République. La, déjà, je me suis dit, c’est pas Budapest 56, mettons qu’il y a des poches de résistance, mais les militaires ont l’air d’avoir la situation en main. Le soir, on voyait bruler la bibliothèque. Plus tard, je suis parti avec un type de Reuter, d’abord à l’Intercon car on voulait des chambres, toute la presse était là, et pour les communications c’était le seul endroit. Il n’y avait pas de chambres, mais l’hôtel n’était pas sous le feu. Ensuite, nous voilà partis voir l’incendie de la bibliothèque. Quand on arrive, cent cinquante badauds regardaient le spectacle. Tout d’un coup ça se met à tirer au-dessus de la foule, des rafales des balles traçantes. On se jette à terre. Je perds de vue le gars de Reuter. Quand je retourne à l’hôtel Bulevar, une automitrailleuse est installée au carrefour ; elle tire sans interruption vers la poste centrale, d’où on dirait que ça riposte. Je me dis, impossible de traverser le carrefour, je vais à l’Intercon, et j’ai enfin une chambre. Toute la nuit ça tire. Le matin ça s’arrête. Je fais un tour de la Place de la République. Tout est calme, c’est dimanche. Une chose me frappe, il y a plein de casiers de bouteilles d’alcool vides à coté des soldats. Dans la journée, les fusillades ont repris. Sur les toits j’ai vu des soldats tirer, en s’abritant derrière des cheminées, mais impossible de discerner les cibles. Vers 15 heures, retour au calme. Là, j’ai commencé à réfléchir. C’était le contraire du Salvador, ou j’étais comme envoyé spécial fin novembre-début décembre pour la grande offensive de la guérilla. Au Salvador, tu voyais sans arrêt des ambulances pour ramasser les blessés, des morts partout. Ici, rien. On nous disait qu’il y avait plein de morts et de blessés, tu n’en voyais pratiquement aucun, et la foule restait massée un peu partout. Je me disais, ils sont fous ces Roumains. J’ai parlé avec Alfonso Rojo, c’est le directeur adjoint d’El Mundo, le quotidien de Madrid. Lui aussi était tracassé : il m’a dit : C’est curieux cette guerre qui ne fait pas de morts, hein ? Et il m’a raconté une drôle d’histoire. Il était allé à l’Agerpress et là, au comptoir de la réception, il voit un type de la Securitate qu’il connaissait avant. Il lui parle, lui demande s’il n’est pas arrêté, l’autre lui dit que non, qu’il coordonne la nouvelle police. Le soir, on revient place de la République avec deux copains. On est pris sous le feu d’armes légères. Mais quand j’y repense aujourd’hui, c’était curieux, on avait l’impression que les tireurs ne voulaient pas tuer. Ils arrosaient le milieu de la rue, pas des deux côtés, ou les gens s’abritent et sont susceptibles d’être touchés. De retour à l’hôtel, je rencontre Jacques Lebas, de Médecins du Monde. Il m’annonce une conférence de presse pour le lendemain à 9 heures, à l’hôpital d’urgences. Je lui demande ce qu’il pense du bilan des victimes. Il me répond : ça ne correspond pas du tout à la gravité de la situation qu’on croyait trouver en arrivant. Le soir, j’étais de plus en plus perplexe. Il y avait des tirs très intenses donnant l’impression de combats acharnés, mais je ne voyais pas de morts. Très étrange, vraiment ; je me souviens, j’ai même fait une note pour le dire à la rédaction en chef. »

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